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Montage d’appareils auditifs.
Montage de l’électronique d’appareils auditifs. (gauche), Fabrication entièrement automatisée de pièces en plastique. (droit)
Contrôle qualité de l’électronique d’appareils auditifs.

Lukas Braunschweiler Sonova
Texte: Sandra Willmeroth/Photos: Markus Bertschi/Video: Severin Jakob

Le bonheur d’entendre

Pourquoi est-ce important à plus d’un titre de bien entendre dans la vie, comment développe-t-on un appareil auditif de la taille d’un grain de riz et comment son entreprise garde-t-elle les pieds sur terre ? Telles sont les questions auxquelles répond Lukas Braunschweiler, CEO du groupe Sonova.

« L’ouïe est le sens qui exige le plus d’efforts de la part du cerveau. »

Plus de 70 millions d’enfants et d’adultes dans le monde sont atteints de surdité. Quelle chance, un enfant né déficient auditif, a-t-il d’entendre normalement un jour ?

On est capable aujourd’hui de placer un implant cochléaire chez un enfant atteint de surdité dès sa première année de vie, et le second après deux ou trois ans. Les enfants n’ont ensuite plus aucune restriction auditive et sont socialement parfaitement intégrés. Nous connaissons des enfants équipés de deux implants qui chantent dans un chœur. Cela aurait été impensable il y a 20 ou 30 ans.

Une chance qui dépend toutefois principalement du système de santé du pays dans lequel ils sont nés ?

Oui, ces disparités entre pays développés et pays en développement me préoccupent beaucoup. En Suisse, le système de santé garantit d’excellents soins à la population. Il risque cependant d’atteindre aussi ses limites, eu égard à la croissance disproportionnée des coûts de santé année après année. Et puis il y a les pays émergents, avec leurs cinq à six milliards d’habitants, soit l’immense majorité de la population mondiale. Une population chroniquement défavorisée, et pas seulement médicalement. Ce décalage immense est très inquiétant à mes yeux.

« Nous sommes convaincus que les appareils auditifs seront un jour réhabilités. »

Est-ce ce qui a conduit Sonova à créer la « Hear the World Foundation » ?

Cela y a certainement contribué. La fondation s’engage à soutenir des projets dans des pays sous-dotés en soins et en appareils médicaux, ou des pays dont les habitants n’ont pas les moyens de se faire soigner. Depuis la création de la fondation, nous avons réalisé plus de 80 projets. Nous intervenons dans des pays où notre action aura un résultat durable, comme les soins aux enfants. Lorsqu’un enfant déficient auditif peut à nouveau entendre, est socialement intégré et peut participer à la vie scolaire, il a une chance dans la vie. Car un système auditif qui fonctionne signifie pour le dévelop­pement d’un homme bien plus que seulement entendre.

Pouvez-vous développer ?

Une capacité auditive déficiente entraîne une série de maladies ou de problèmes connexes. Nous savons qu’il existe au moins sept ou huit pathologies liées à la perte auditive. Par exemple, il est démontré que les personnes souffrant d’acouphènes souffrent aussi de déficience auditive. Et nous savons que le THADA a un rapport avec la capacité auditive. Certaines études attestent aussi une corrélation entre la perte auditive et la démence. Ce qui n’a rien d’étonnant, car le cerveau se modifie en cas de perte de la capacité auditive liée à l’âge.

Dans quelle mesure ?

La perte de la fonction auditive progresse de manière insidieuse. Les personnes concernées trichent avec elles-mêmes, souvent pendant des années, en refoulant ou en occultant qu’elles entendent moins bien. Le cerveau s’adapte donc à une capacité auditive en baisse, perdant de ce fait lui aussi sa force de rectification. Il devient pour ainsi dire paresseux. Car l’oreille est un organe complexe et l’ouïe est le sens qui exige, de loin, le plus d’efforts de la part du cerveau.

De nombreuses personnes concernées craignent de devoir s’appareiller. Que faire ?

C’est un thème psychologique. L’appareil auditif reste une prothèse pour beaucoup. D’ailleurs, en Italie ou en France on parle effectivement de « prothèse auditive », ce qui est stigmatisant. Nous travaillons d’arrache-pied pour vaincre cette stigmatisation. Mais elle explique pourquoi les personnes qui entendent de plus en plus mal laissent passer en moyenne près de sept ans avant de consulter un audio­prothésiste. Pendant ce temps, les dégâts peuvent s’étendre.

Cette réticence à adopter une aide auditive n’est-elle pas dictée par des raisons esthétiques ?

Effectivement, le design joue un rôle très important. Mais aujourd’hui, nous sommes heureusement loin des appareils auditifs couleur chair qu’il fallait accrocher derrière l’oreille jadis. Nous savons désormais fabriquer des appareils si petits qu’ils sont même invisibles, car placés directement dans le conduit auditif. C’est pour­quoi nous sommes convaincus que les appareils auditifs seront un jour réhabilités. Peut-être pas ceux que l’on doit porter nuit et jour, mais certainement les petits appareils faciles à utiliser et qui servent à améliorer une expérience sonore particulière, comme assister à un concert symphonique ou participer à des discussions en société.

De quelle innovation de votre entreprise êtes-vous le plus fier ?

Nous avons défini diverses normes. Par exemple, l’écoute binaurale pour laquelle les appareils auditifs de l’oreille droite et de l’oreille gauche peuvent communiquer entre eux en temps réel et reproduire l’écoute stéréo. Autre exemple : nous sommes le premier fournisseur à avoir mis sur le marché la « lentille de contact » pour l’oreille, Lyric, une aide auditive pas plus grande qu’un grain de riz. Nos dernières réalisations sont un appareil auditif rechargeable de Phonak, avec une batterie lithium-ion et une technologie radio inédite.

Où puisez-vous toutes ces idées d’innovation ?

Étrangement, notre entreprise n’est pas toujours la première à trouver une idée, mais nous sommes souvent ceux qui la finalisent et qui développent le produit en question, le mettent sur le marché et l’imposent comme standard. C’est ainsi que les aides auditives rechargeables existaient déjà, mais c’est nous qui les avons transformées en succès commercial après les avoir techniquement affinées. Nous sommes les premiers à avoir réussi.

Grâce aux légendaires persévérance et précision helvétiques ? Quel est votre style de direction ?

Peut-être. Car ce n’est pas un hasard si nous ne sommes pas très loin du Jura ! Nos activités sont très proches de celles de l’horlogerie. Mais pour moi, deux choses sont primordiales, en plus de la précision : la modestie et la détermination, pratiquées avec dévoue­ment et sollicitude. C’est une démarche que je m’efforce d’appliquer en privé et dans l’entreprise. Nous devons garder les pieds sur terre. Nous sommes redevables au marché sur lequel nous travaillons, car nos activités visent, en fin de compte, à servir des personnes qui n’ont pas une vie facile.

Comment cela se reflète-t-il dans la vision de Sonova ?

Nous rêvons d’un monde dans lequel chaque perte de l’audition aurait sa solution, et dans lequel chacune et chacun aurait le bonheur d’entendre de la même façon. Car chaque être humain qui recouvre l’ouïe a un tout autre ressenti des choses de la vie et bénéficie de nouvelles chances sociales. Que ce soit des enfants ou des personnes plus âgées qui peuvent à nouveau vivre pleinement.

Lukas Braunschweiler

Le Suisse Lukas Braunschweiler, né en 1956, dirige les activités du groupe Sonova depuis novembre 2011. Il était, auparavant, le CEO du groupe de technologie suisse RUAG. De 2002 à 2009, il a dirigé en tant que président et CEO la Dionex Corporation, après avoir occupé diverses positions au sein de la direction du groupe Mettler Toledo en Suisse et aux États-Unis. Lukas Braunschweiler est titulaire d’un Master of Science en chimie analytique ainsi que d’un doctorat en physico-chimie de l’EPF Zurich. Il est marié et père de deux fils.

Sonova

Sonova est le premier fournisseur au monde de solutions auditives innovantes. Le groupe est représenté sur le marché par ses principales marques : Phonak, Unitron, Hansaton, Advanced Bionics et AudioNova. Sonova fabrique aussi bien des appareils auditifs que des implants cochléaires et des solutions de communication sans fil. L’entreprise, fondée en 1947 et basée à Stäfa, est présente aujourd’hui dans plus de 100 pays et emploie plus de 14 000 personnes. Sonova a réalisé un chiffre d’affaires de 2,4 milliards de francs et dégagé un bénéfice net de 356 millions de francs durant l’exercice 2016/17. La vision de Sonova, tous secteurs d’activité confondus et avec le soutien de la fondation de bienfaisance « Hear the World Foundation », est simple : créer un monde où tous les hommes auraient le bonheur d’entendre et pourraient ainsi jouir pleinement de la vie.

www.sonova.com