« L’homme doit prendre conscience de l’usage qu’il fait des machines »

Qui dit progrès, dit-il aussi améli­oration ? Comment la numérisation transforme-t-elle le lien entre l’homme et la machine ? Peter Kasahara, expert en la matière et responsable de PwC Digital Services, nous parle de la triade homme, machine et données et de leur importance dans la vie quotidienne, professionnelle et dans la formation.

Netflix, assistants numériques, aides au stationnement, aspirateurs robots, comment la numérisation influence-t-elle votre vie personnelle ?

Très fortement. Netflix est pour ainsi dire mon petit frère. Actuellement, je regarde Troie et la manière dont l’« Iliade » d’Homère a été adaptée. J’utilise les assistants numériques sous forme de logiciels de reconnaissance vocale comme Siri et d’autres agents conversationnels. J’ai également équipé ma famille et des amis d’appareils Echo d’Amazon pour apprendre à connaître ces techniques. Jusqu’ici, je n’ai pas eu besoin d’aide au stationnement ni d’aspirateur robot. En d’autres termes, la numérisation entre dans ma vie privée lorsque je l’estime raisonnable et qu’elle m’apporte un bénéfice, dans le strict respect de la sécurité des TI et des données. J’ai parfaitement conscience des lacunes de sécurité et de la puissance du numérique. C’est pourquoi j’évite certains outils, pour préserver une part de sphère privée.

Parlez-nous de l’évolution des rôles de l’homme et de la machine, et de l’influence de la numérisation au quotidien, que ce soit au bureau ou dans la vie privée.

Je vois trois dimensions : l’homme, la ma­chine et les données. Distinctes à l’origine, elles sont aujourd’hui dans une conver­gence croissante. La machine produit toujours plus de données sur l’homme et assume certaines tâches. Cette évolution est inéluctable. En ce sens, la for­mule ne sera pas pour moi « l’homme ou la machine » mais uniquement « l’homme avec la machine ». Au quotidien, il s’agit d’utiliser les machines de manière positive, en suivant une éthique rigoureuse. L’homme doit prendre conscience de l’usage qu’il fait de la machine et la délimiter. Il ne doit pas lui « laisser toute la place ». Par exemple, la confiance dans le duo homme-machine est déterminante. Quelle confiance peut-on accorder à un algorithme ? Quelles tâches peut-on déléguer, ou non, à un robot ? La question de la « confiance » est fondamen­tale pour nos clients qui abordent la transition numérique. Elle est un élément déterminant du développement réussi de la numérisation et, ainsi, de l’interaction entre l’homme et la machine.

Comment ces changements se traduisent-ils sur le marché du travail, et comment le système de formation doit-il s’adapter ?

La numérisation influence fortement le système de formation. Les technologies de l’information sont toujours plus importan­tes depuis plusieurs années déjà, et la tendance est à la hausse. Pour dire les choses un peu rapidement, la première langue au monde est actuellement celle de la programmation. Prenons l’exemple de la santé. La technologisation progresse rapidement. Cette transformation façonne toute une industrie, y compris ses acteurs. La question se pose donc de savoir si le système de formation actuel est encore adapté, c’est-à-dire s’il saura répondre aux profils professionnels de l’avenir. Combien d’heures d’informatique un étudiant en médecine doit-il avoir suivies pour pouvoir pratiquer comme médecin dans un environnement de niveau technologique élevé ? Jack Ma, le fondateur d’Alibaba, le formule en ces mots : « Nous devons enseigner à nos enfants un savoir-faire unique auquel les machines ne parvi­endront jamais. » Sans doute faut-il d’abord définir ce qui est unique. Mais il vaut la peine, particulièrement en Suisse où nous considérons la formation comme l’une de nos rares ressources naturelles, d’affronter la question sans détour et d’y investir.

De nouvelles technologies comme la blockchain, l’intelligence artificielle, la robotique, etc., sont aujourd’hui déjà largement répandues. Comment une entreprise peut-elle identifier les dangers et les atouts et les exploiter à son profit ?

Dans une entreprise, c’est le client qui, en dernier ressort, décide de ce qu’est la valeur ajoutée. L’objectif est de lui offrir une plus-value, en adéquation avec l’offre et la demande. Il en résulte un bénéfice qui peut être d’un autre ordre que purement financier. Les nouvelles technologies poussent les entreprises à prendre une avance sur le marché grâce aux informa­tions nouvellement récoltées sur les clients et leurs comportements ainsi qu’à l’utilisation de la blockchain, de l’intelligence artificielle, de la robotique, etc. Cette démarche repose encore la plupart du temps sur une approche réactive, elle est chronophage et onéreuse. Or, la réussite et l’échec requièrent souvent du courage, de l’inspiration visionnaire et une certaine rapidité de réaction. L’entreprise doit donc se préparer à prendre des décisions rapides et à se concentrer sur ses compétences clés. Une entreprise peut avoir de la peine à assumer seule les investissements nécessaires dans les nouvelles technologies pour prendre la tête du marché. D’autant que les compétences technologiques requises font rarement partie de son cœur de métier. Le recours à des partenariats stratégiques devient essentiel pour réussir et permet général­ement aux entreprises d’accroître de manière exponentielle la création de valeur pour le client. Face à des géants du Net comme Amazon ou Tencent, les alliances sont souvent la solution pour de nombreu­ses entreprises qui pourront alors faire valoir leurs atouts, particulièrement au niveau régional ou dans certaines niches de marché.

#homme_et_machine  #éthique  #sécurité_des_données  #formation

 



Peter Kasahara

responsable de PwC Digital Services

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